Travail de rue
Le travail de rue à Mirabel (TRAM)
Le travail de rue est un métier qui existe depuis plus de 35 ans au Québec. Dans cette province, il y a présentement plus de 200 travailleurs de rue qui oeuvrent. La plupart sont membres de l’Association des travailleurs et travailleuses de rue du Québec. Celle-ci a entre autre comme mandat de voir à leur formation et a le devoir de leur offrir un lieu d‘échange sur la pratique. Elle est essentielle quant à l’entraide et au réseautage de ces praticiens.
L’horaire du travailleur de rue varie en fonction de la demande des gens du milieu ce qui peut l’amener à travailler de jour, lors d’accompagnement, de soir, de nuit ou de fin de semaine. L’horaire se doit d’être flexible pour bien répondre aux demandes qui viennent de la population.
Le principal mandat du travailleur de rue est de rejoindre les personnes qui ne sont peu ou pas rejointes par les réseaux conventionnels. C’est une approche « out reach » ce qui signifie aller vers. Ses principaux milieux d’interventions sont les rues, les parcs, les commerces (restaurants, bars..), les domiciles, etc.… Tous milieux où il est possible d’être en contact avec les personnes ciblées
Les travailleurs de rue sont généralement accessibles, mais non disponible en tout temps. Il est très important de garder une frontière claire entre leur vie professionnelle et personnelle, car le travail de rue est un métier demandant qui confronte énormément les valeurs.
Ces intervenants ne sont pas en relation d’autorité, ils sont en relation d’être. Ils sont entre l’ami et l’intervenant. Tout est basé sur la relation qu’ils mettent en place avec les personnes, car c’est avec ce lien qu’ils travailleront, pour amener la personne vers l’amélioration de sa situation. Cette relation, basée sur la confiance, se créera autant dans les bons moments que dans ceux plus pénibles. C’est à force de côtoyer les milieux de vie des gens ciblés que le travailleur de rue réussira à créer ce lien qui sera son principal outil d’intervention. Ce travail en est un de longue haleine.
Les services du travailleur de rue sont gratuits, confidentiels et sans étiquette. Nous ne faisons pas affaire avec des cas, mais avec des personnes qui vivent des situations. Nous sommes aussi une ressource volontaire, nous ne pouvons pas tenter d’aider quelqu’un contre son gré. Notre mandat vient toujours de la personne qui désire peut-être seulement notre support, notre présence et notre écoute.
Le travailleur de rue pourrait aussi être surnommé le bottin de ressources sur deux pattes, car il se doit de connaître les ressources de son territoire pour y faire des références adéquates. Ces références ne sont pas seulement faites à un organisme, mais bien à une personne directement dans le meilleur des cas. Ces références, dites personnalisées, sont faites grâce aux liens que le travailleur de rue réussi à créer avec les divers intervenants et ressources de son territoire.
Ce praticien est aussi un accompagnateur. C’est une personne qui va supporter les individus dans leurs démarches et non les faire à leur place, car notre but n’est pas de rendre les personnes dépendantes, mais bien de miser sur le développement de leur autonomie. Il faut garder en tête qu’il n’y a pas toujours eu un travailleur de rue dans notre milieu et que nous n’y seront pas présent à perpétuité. Nous ne sommes pas là pour nuire à l’entraide naturelle du milieu, mais bien pour la renforcir.
Historique du travail de rue
Le travail de rue est loin d’être une invention contemporaine, en fait, il a toujours existé. Autrefois, l’esprit d’entraide qui régnait rendait cette pratique inappropriée, du moins de la façon dont on la connaît aujourd’hui. Le curé du village, la coiffeuse, le serveur a la taverne, le propriétaire du magasin général… tous auraient pu a leur insu porter ce titre. Ces personnes s’investissaient dans leurs milieux en étant a l’écoute ou tout simplement présent… Maintenant, dans notre société de plus en plus individualiste, cette pratique a du se modifier pour se voir devenir un moyen efficace de rejoindre les gens exclus dans leurs milieux de vie.
Le travail de rue n’est né au Québec que dans les années 1960-1970. Plusieurs facteurs en ont été la cause : l’évolution des drogues, la révolution tranquille, le désinvestissement du clergé, le mouvement féministe, l’arrivée de la pilule (la liberté sexuelle). Dans ce Québec en bouleversement, les milieux institutionnels vivent de l’incompréhension face à toutes ces nouvelles problématiques sociales. Les professionnels ont de la difficulté à comprendre, donc à intervenir, avec de plus en plus d’adolescents et de jeunes adultes en réaction suite a la consommation de drogues (L.S.D, P.C.P). Des intervenants sont alors dégagés pour aller dans la rue, afin de mieux comprendre la réalité de ces personnes.
Durant les années 1970-1980, la réforme des services de santé et des services sociaux a fait en sorte que les travailleurs de rue se sont graduellement inclus dans les réseaux institutionnels. La pratique a par le fait même perdue son essence puisque les travailleurs de rue ont perdu peu à peu contact avec la rue.
Ce n’est que vers les années 1980-1990 qu’elle retrouve sa raison d’être. Malgré l’expertise terrain que les travailleurs de rue apportent aux institutions, le réseau se rend bien compte qu’il y a encore multiples personnes dans le besoin qui échappent encore aux services conventionnels. Comment faire en sorte de les rejoindre? C’est ainsi que ces travailleurs sont retournés à la rue, seule façon de rejoindre les exclus. L’adaptation rapide du travail de rue aux réalités et à l’évolution des besoins des marginaux consolide cette approche qui devra perdurer. Des formations et des séminaires sont donc mis sur pied pour combler le besoin de formation de la nouvelle vague de travailleur de rue.
Maintenant le Québec compte environ 250 travailleurs de rue. Malheureusement, la difficulté à trouver du financement récurrent ou à long terme pour ce genre de projet crée de l’instabilité. Malgré cela, à chaque année, de nouveaux organismes naissent, de nouveaux travailleurs sont engagés.
Pourtant, avec le taux de suicide en hausse, la montée de l’intolérance et de l’exclusion, dans notre société de contrôle ou les critère de productivité nous mettent d’avantage de pression, il y aura de plus en plus de gens en marge, plusieurs personnes échapperons au filet des réseaux d’entraides conventionnels. Le travail de rue, ce moyen efficace pour rejoindre cette marge, ne devrait-il donc pas être investit financièrement par nos instances gouvernementales?
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